Course de karts à la prison de Fresnes : Dupond-Moretti ouvre une enquête

Posted on

Par Paul Sugy

Publié le 20/08/2022 à 19:42, Mis à jour il y a 5 heures

La diffusion d’une vidéo de karting mêlant détenus et gardiens de la prison de Fresnes fait polémique. Le Garde des Sceaux dénonce des «images choquantes».

L’espace de quelques heures, la sinistre cour du centre pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne) était méconnaissable : en lieu et place de la promenade des détenus, c’est à une véritable course de karting que ceux-ci se sont livrés, affrontant notamment une équipe de surveillants de la prison – lesquels ont, d’ailleurs, remporté la compétition. Dans une vidéo tournée sur place le jour de l’événement (27 juillet) et diffusée ce vendredi 19 août, on voit les compétiteurs s’adonner dans une ambiance survoltée aux épreuves de ce «KohLantess», un «Koh Lanta des cités» imaginé et organisé par Djibril Dramé, qui organise ce type d’événements dans la ville de Fresnes depuis plusieurs années.

Après avoir notamment organisé une compétition sportive du même acabit entre des policiers et des jeunes de la cité, Djibril Dramé avait donc envisagé puis obtenu d’organiser une nouvelle édition de «KohLantess» à l’intérieur même de la prison de Fresnes. Seulement, la diffusion des images de l’événement a suscité une vive polémique, depuis que des personnalités à droite et en particulier d’anciens soutiens d’Éric Zemmour les ont relayées en critiquant le choix de laisser les détenus s’adonner de façon spectaculaire à un divertissement aussi sophistiqué. «Vous imaginez les victimes et familles des victimes qui voient leurs bourreaux faire du kart dans la prison de Fresnes ?» a par exemple commenté l’influenceur Damien Rieu, en partageant un extrait du film de l’événement – visualisé des centaines de milliers de fois en quelques heures.

Devant les réactions scandalisées de nombreux internautes, le ministre de la Justice a rapidement fait part de sa consternation, estimant que la vidéo diffusée montre des «images choquantes». Éric Dupond-Moretti a clairement désavoué le principe même de l’événement, affirmant que «la lutte contre la récidive passe par la réinsertion mais certainement pas par le karting !» Le Garde des Sceaux, visiblement surpris qu’une telle initiative ait été prise, a annoncé l’ouverture d’une enquête «pour que toute la lumière soit faite».

Une initiative validée au plus haut niveau de la Direction de l’Administration Pénitentiaire

Toutefois, selon les informations du Figaro, le ministère de la Justice avait approuvé jusqu’au plus haut niveau l’initiative, qui était remontée jusqu’au cabinet du ministre et avait reçu l’aval de la Direction de l’administration pénitentiaire – laquelle n’a pour le moment pas souhaité répondre à nos sollicitations. La publication de la vidéo, initialement prévue plus tôt en août, a par ailleurs été retardée car le contenu a fait l’objet d’une vérification minutieuse de la part de la Direction de la communication du ministère de la Justice, afin de s’assurer qu’aucune information sensible ne soit diffusée sur YouTube par les organisateurs. Difficile, donc, pour le ministère, de nier plus tard avoir été informé de l’événement… «Ce qui a été présenté au cabinet ne faisait pas mention du karting : ça parlait d’épreuves sportives, de corde à sauter…», précise-t-on du côté de la place Vendôme.

Le directeur de la prison de Fresnes avait pourtant lui-même salué l’événement sur les réseaux sociaux, se réjouissant de la tenue de ce «moment d’engagement fraternel». «KohLantess» avait du reste fait l’objet d’un nombre important de publications dans la presse, y compris en amont du jour de l’événement à Fresnes, et plusieurs journalistes avaient été conviés : au lendemain de la course de karting, un grand reportage était notamment paru dans Le Parisien .

Plusieurs syndicats de surveillants de prison de Fresnes s’étaient émus auprès de leur hiérarchie de la tenue de cette compétition, estimant que celle-ci n’était pas «un centre de vacances», pour reprendre les termes d’un tract diffusé par le Syndicat Pénitentiaire des Surveillants et brigadiers du centre pénitentiaire de Fresnes (SPS), approuvés par leurs collègues de FO qui sont montés également au créneau.

Le syndicat FO demande le renvoi du directeur

Chez les surveillants de prison, on s’émeut notamment d’une organisation relâchée, et d’un certain nombre de libertés prises avec les consignes de sécurité. «Les organisateurs et le matériel utilisé pour l’événement sont entrés par la porte de derrière de la prison, ce qui n’est pas recommandé d’ordinaire puisque nous ne disposons pas de portiques ni de rayons X : les contrôles ont été bâclés ce jour-là», témoigne l’un d’eux, qui a assisté à l’entrée des organisateurs de l’événement le 27 juillet. Un autre regrette également que la directrice du second district de la prison, représentante éminente de la direction du centre pénitentiaire, se soit laissée jeter à l’eau par les détenus alors qu’elle ne participait pas aux épreuves aquatiques (une piscine avait en effet également été installée dans la cour). La tenue de ce «KohLantess» avait fait l’objet d’une contestation importante dans les rangs des gardiens de la prison, et avait occasionné de vifs échanges avec la direction de l’établissement.

Ce dimanche, le secrétaire général du syndicat national pénitentiaire FO, Emmanuel Baudin, a d’ailleurs demandé sur franceinfo «que le directeur de Fresnes soit remplacé et qu’on remette de l’ordre dans cet établissement». «Depuis qu’il a pris ses fonctions, on voit Fresnes décliner au niveau de la gestion à l’intérieur. (…) On ne voit pas ça à Fleury. Cela se répète, ce n’est pas la première opération qu’il fait et cela ne correspond pas à la réinsertion et à ce que l’on doit faire pour rapprocher les détenus et les surveillants. On est dans le buzz et l’extrême», a déploré le syndicaliste.

Par ailleurs, le profil des organisateurs de l’événement avait suscité l’inquiétude de certains surveillants. Djibril Dramé et plusieurs de ses comparses sont en effet connus pour avoir notamment fait de la garde à vue à la suite d’une incartade dans un bureau de vote de la ville, le jour du second tour de l’élection présidentielle, entièrement costumés et masqués. Interpellé pour «troubles des opérations électorales par attroupement, clameur et menace», Djibril Dramé avait finalement écopé d’un rappel à la loi, et avait plaidé ensuite sur les réseaux sociaux une «blague potache».

À VOIR AUSSI – Karting à la prison de Fresnes: les images qui font polémique

Jasaseosmm.com Smm Panel is the best and cheapest smm reseller panel Buy Facebook Verification for instant Instagram likes and followers, Buy Verification Badge, Youtube views and subscribers, TikTok followers, telegram services, and many other smm services. telegram, and many other smm services